D’abord, il devint gestionnaire de homes pour étudiants puis directeur des œuvres sociales estudiantines. Cadre chez General Motors Zaïre, chargé des affaires sociales et des relations extérieures, quelque temps plus tard, il devint Président du Conseil d’Administration de la Société Nationale des Editeurs, Compositeurs et Auteurs (Soneca), tout en étant trésorier de l’Ueza (Union des Ecrivains Zaïrois). Quelques temps avant sa mort, il s’installera à son propre compte, s’occupant de son centre des jeunes handicapés physiques à Livulu et de ses plantations dans son Luozi natal.
- Oeuvres:
Cet assistant social est bien sûr le continuateur des générations des conteurs. C’est un auteur de la seconde génération des indépendances. Au début des années 70, Zabat se lance à la conquête d’un large lectorat. Son œuvre d’inspiration populaire, proche des préoccupations du peuple, a été appréciée et reconnue publiquement par le poète malgache Jacques Rabemananjara, qui le compara à l’écrivain kenyan Ngugi Wa Thiong’o en raison de son enracinement et de son impact sur le public. L’œuvre de Zamanga Batukezanga donne régulièrement lieu à des controverses.
On peut la résumer comme une photographie du vécu, avec un langage propre à lui, différent des académistes. Par exemple, lorsqu’en 1976, Valentin-Yves Mudimbe Vumbi Yoka a rendu compte de son séjour aux Etats-Unis d’Amérique dans ses «Carnets d’Amérique». Six ans après, Zamenga Batukezanga, de retour du pays de l’Oncle Sam, a produit son récit de voyage «Lettres d’Amériques», dans un style magnifique. Zabat est un des rares écrivains à s’être exprimé exclusivement en prose avec plus d’une dizaine de récits entre 1971 et 1990. Malgré son style que d’aucuns qualifient de non romanesque, Zamenga est aussi le plus lu des écrivains congolais. Ses publications furent tous éditées au pays. Certaines ont même connu la consécration des rééditions. «Bandoki», par exemple, a été réédité trois fois.
Les œuvres de Zamenga circulent à travers le pays. Elles bénéficient du soutien du réseau de diffusion catholique des éditions Saint-Paul d’Afrique. Le succès de notre conteur moderne, constitue à lui seul un phénomène sociologiquement intéressant. Il est lié aux efforts de l’Afrique pour développer une littérature édifiante autochtone comme appui à la pratique d’évangélisation. Mais l’ampleur du succès de Batukezanga interdit de l’enfermer dans les limites de la simple littérature de propagande morale. Les romans de Zamenga ne présentent pas d’intrigues, mais des situations plus ou moins dramatisées qui deviennent des occasions de réflexion sur l’évolution sociale. Pour lui, Dieu lui a donné la mission d’écrire pour éduquer. Ses deux romans les plus lus «Les hauts et les bas» et «Bandoki» se caractérisent par une écriture sans prétention, mais efficace, la plus directe, la plus nette. Ce qui l’intéressait, c’est de fournir au lecteur des éléments de réflexion sur une société en mutation. Entre la tradition et le modernisme, il ne tranche pas de façon simpliste. Il montre les dangers et les difficultés de l’évolution sociale. «Les hauts et les bas» dénoncent la déshumanisation de la vie dans la grande ville. «Bandoki» dénonce la sorcellerie qui plante ses racines dans la médisance et la calomnie, souligne les ravages opérés par la superstition et la croyance aux sorciers. C’est un fléau.
- 21 ans de best-sellers:
L’homme qui réussit est la mauvaise conscience des autres. C’est le mal. Dans «Chérie Basso», sous prétexte d’une correspondance intime, entre l’auteur et sa femme, Zabat voudrait transmettre à ses compatriotes ses réflexions et impressions à partir d’un jeu de comparaisons entre ce qu’il a vu à l’étranger et ce qui se passe au pays, et dans le continent africain.
Zabat a reçu en 1985, le grand prix du 20 ème anniversaire de la 2 ème République du Zaïre, pour l’ensemble de son œuvre littéraire. Un record, plus d’un million d’exemplaires vendus : Zamenga a confondu une certaine classe d’universitaires scolastiques, qui prétendaient qu’en dehors des facultés, principalement littéraires, il n’y avait pas de littérateur digne de ce nom. Matraqué par les récitations des canons étrangers mal appris, Zamenga a continué la publication régulière de ses récits populaires sur la recherche du sens et de la survie des traditions dans la nouvelle civilisation urbaine congolaise et africaine. Ses détracteurs ne se sont, au fil des ans, confirmés ni critiques, ni écrivains significatifs, ceux qui ont osé le regrettent dans leur exil. L’auteur d’«Un Croco à Luozi» bat le record des records consacrés sur lui. Plus de trente thèses de doctorat lui sont dédiés à travers les universités du monde entier. Environ une centaine de mémoires et travaux de fin de cycle, pratiquement un à chaque session.
Preuve d’engagement, modèle de persévérance, Zamenga incarne aussi le mépris de l’adversité secrétée par une aliénation criminelle qui a brisé beaucoup d’élans, d’initiatives, de carrières et de talents. Pourtant, l’expérience prouve, comme en Amérique, que la diplômité et l’académisme sont un virus stérilisant et assommant. Une science sans conscience, mal comprise peut conduire en une indigestion qui est responsable du marasme actuel de maints pays du Tiers-Monde.
L’universitaire africain est appelé aujourd’hui à s’exorciser des démons qui l’ont amené à trahir les idéaux de mieux-être du peuple. Ministre ou P-dg, l’intellectuel africain est appelé à se définir non pas comme un recordman de titres ronflants, pompeux et aveuglants, mais comme un véritable solutionneur des problèmes, des maux et des tares de sa société. Les titres des ouvrages de Zamenga suffisent à montrer combien il était investi comme un humaniste soucieux de l’avenir de la nation. Voulant marquer le cœur et l’âme de son peuple, il a utilisé aussi bien le récit, l’essai, la monographie. Il a fait vibrer toutes les cordes sensibles de ses compatriotes. Les lecteurs étrangers se sont aussi retrouvés dans sa quête universelle et en sa sincérité. Traduit en russe, en allemand, en anglais, Zamenga a sillonné toute l’Europe, l’Amérique et le Moyen-Orient à l’invitation des sommités intellectuelles mondiales.
- Le testament de Zabat:
Dans son bureau, il y a une enseigne : « C’est l’antre du termite et de la termitière », l’ermite des lieux, Zamenga Batukezanga, me recevait il y a une quinzaine d’années. Il me disait ce jour là : «Les fourmis construisent un gratte-ciel en matériau plus solide qu’elles. Magistrale leçon d’association et de positivité. Si les humains savaient...». Premières causeries d’un quado avec un écrivain. De professionnelles, les relations deviendront profondes, amicales. Bien que l’âge fait de l’ascète mon père, papa kulutu. Qui ne manque pas de causer des secrets du bonheur pour le couple où l’homme est souvent semblable à un bébé qu’il ne sied pas de sevrer à contretemps !
La polygamie ? Zabat n’est pas totalement contre. Mais contrairement à certains chrétiens dits « primitifs », il l’entrevoit avec beaucoup de précautions indispensables. Lorsque ses textes heurtent la morale « chrétienne », il délaisse les éditions Saint Paul Afrique qui ont enfanté l’écrivain, largement servi par l’hebdomadaire Afrique Chrétienne d’auguste mémoire. Il se publie à compte d’auteur aux éditions Zabat. Qui deviendront plus tard « Nzola Nsi » (l’amour de la patrie).
Zamenga Batukezanga est la preuve que le Congolais lit, contrairement à une fausse élite prétentieuse, des blancs becs. Chacun de plus de 30 ouvrages de l’auteur de «Bandoki» connaît, spécialement auprès des éditions Saint Paul, plus de dix éditions. Soit un tirage global de plus de 50 mille exemplaires que l’on peut multiplier par 20. Le total donne à dire que le tirage de l’ensemble de l’œuvre de Zamenga dépasse le million. Un record inattendu non seulement dans notre pays, mais aussi en Afrique et plus généralement dans le tiers-monde. Une enquête sommaire prouve que 90 % des finalistes des humanités ont lu au moins un Zabat. Réaliste, Zamenga s’est installé au cœur de la problématique de l’avenir de sa société. Intellectuel responsable, dès son premier récit «Les hauts et les bas» en 1971, il a pris le taureau par les cornes. Haro sur le matriarcat et la mystification du lettré.
Œuvres bibliographiques de Zamenga 1971 : «Les hauts et les bas», (récit), éditions Saint Paul Kinshasa, 60 pages.
1971 : «Souvenir du village», (récit), éditions Okapi, Kinshasa, 91 pages
1973 : «Bandoki», (nouvelle), éditions Saint Paul Afrique, Kinshasa, 87 pages
1974 : «Carte postale», (récit), éditions Basenzi, Kinshasa, 136 pages
1974 : «Terre des ancêtres», (récit), éditions Basenzi, Kinshasa, 125 pages
1975 : «Village qui disparaît dans les promesses», (anthologie provisoire de la littérature zaïroise), éditions Presses Africaines, Kinshasa
1975 : «Sept frères et une sœur», (récit), éditions Basenzi, Kinshasa
1979 : «Mille Kilomètres à pied», (récit), éditions Saint Paul Afrique, Kinshasa, 102 pages
1979 : «Les îles Soyo», (récit), éditions Zabat, Kinshasa 1982 : «Lettre d’Amérique», (récit), éditions Saint Paul Afrique, Kinshasa
1982 : «Un Croco à Luozi», (conte), éditions Saint Paul Afrique, Kinshasa
1983 : «Chérie Basso», (récit), éditions Saint Paul Afrique, Kinshasa
1984 : «Le réfugié», (récit), éditions Edicva, Kinshasa
1985 : «Psaumes sur le fleuve Zaïre», (poème), éditions Zabat, Kinshasa
1985 : «Luozi 30 ans après», (récit), éditions Zabat, Kinshasa
1986 : «Mon mari en grève», (récit), éditions Zabat, Kinshasa 1987 : «Le mariage des singes à Yambi», (récit), éditions Zabat, Kinshasa
1988 : «Un Blanc en Afrique», (roman), éditions Zabat, Kinshasa
1988 : «Un villageois à Kinshasa», (roman), éditions Zabat, Kinshasa
1989 : «La pierre qui saigne», (récit), éditions Saint Paul Afrique, Kinshasa
1989 : «Pour une demystification: la littérature en Afrique», (essai), éditions Zabat, Kinshasa.
1990 : «Un boy à Pretoria», (roman), éditions Saint Paul Afrique
2005 : Pour un cheveu blanc (roman), éditions Zabat, Kinshasa; 127 pp
2005 : La Mercèdes qui saute le trou (roman), éditions Zabat, Kinshasa L’œuvre de l’écrivain Zamenga Batukezanga comprend aussi des bandes dessinées, publieé par les éditions Saint Paul Afrique.
"R.C.W.B" & Guillaume DISIYI NDOSIMAO