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  Musique
Si l’on s’essayait à un inventaire de l’univers musical africain, le constat qui s’en dégagerait militerait en faveur de l’hégémonie de la musique congolaise. Les rythmes congolais ont la propension à envahir les ondes et à faire reluire les pistes de danse du continent.
On peut le dire, depuis des décennies, cette musique s’est presqu’assujettie les oreilles des africains.

Origine

La génération des Wendo, Grand Kalé, Dr. Nico, Franco et bien d’autres artistes musiciens du Congo doit s’enorgueillir d’avoir tracé les sillons de la domination de la musique de leur beau pays sur le reste du continent. Plusieurs facteurs expliquent cette suprématie qui dure depuis des décennies. Les spécialistes de la question s’accordent à trouver en cette musique, des mélodies et des cadences spécifiques qui expliqueraient son succès. Le rythme binaire sur lequel repose cette musique la rend irrésistible. C’est-à-dire qu’elle a pour double avantage d’être dansante, en même temps qu’elle est agréable à l’écoute. L’un des atouts que l’on ne saurait nier aux chanteurs du Congo, c’est d’être dotés naturellement, pour la plupart, de voix exceptionnelles. Ainsi de l’époque des Franco et le TP OK Jazz à la génération de Zaiko Langa Langa jusqu’à celle de Wenge musica et du Quartier Latin, la musique congolaise a traversé les époques sans être démodée. En remontant le temps, on observe que la musique de l’ex-Zaïre, aujourd’hui rebaptisé Congo, a bénéficié pour son expansion, de la multitude de formations ou d’orchestre animés par des excellents musiciens. Très tôt au Congo, la musique a pris une place prépondérante dans la vie du citoyen. A Kinshasa par exemple, tous les quartiers comptent des centaines de musiciens. Trouver des chanteurs de qualité est un jeu d’enfants. Une fois Boncana Maïga s’est rendu là-bas pour recruter des jeunes en vue de constituer l’orchestre de la chanteuse Pierrette Adam’s. Plus de deux cents groupes s’étaient inscrits pour le casting. L’anecdote est que Boncana Maïga n’a eu aucun mal à trouver les musiciens qu’il lui fallait. Le premier groupe passé à l’audition a tout de suite convaincu le musicien érudit, qui ne s’est même plus donné de la peine d’auditionner les autres. On notera aussi que depuis les années 50, des orchestres congolais bénéficiaient de l’appui des pouvoirs publics, notamment à travers des dotations en instruments de musique. Encouragées par le Parti-Etat sous la houlette du Maréchal Mobutu, on a vu des formations musicales comme TP OK Jazz de Franco se transformer en puissant relais de propagande. Utilisées pour inoculer des idéaux du pouvoir à travers des chansons vantant les mérites du parti unique. Certaines vedettes étaient alors choyées ou contraintes de faire le jeu du pouvoir de l’époque, sous la menace de la police politique qui n’hésitait pas à jeter les résistants en prison.

Rôle de la Radio Congolaise

En plus des pouvoirs publics qui soutenaient les groupes musicaux, il y a le rôle important de la Radio Congolaise, avec son journaliste phare Mateta Kanda. Il convient de noter que la proximité des deux capitales (Brazzaville & Kinshasa), situées sur les deux rives du fleuve Congo, a facilité la promotion de la musique des deux pays, grâce au puissant émetteur de Radio Congo. Cette Radio devient ainsi l’une des plus écoutées à cause des ondes propagées dans le moindre coin reculé d’Afrique. La musique constituant l’essentiel des programmes de cette Radio, les rythmes congolais trouvaient en elle, un créneau naturel pour leur diffusion. Une grande partie de l’Afrique va se laisser entrainer par les airs des orchestres Lipua lipua, Cavacha, Trio Madjesi, Zaïko et tant bien d’autres, maîtres absolus de Kampala à Dakar en passant Lomé, Douala, Cotonou, Abidjan, Luanda etc… Et à force de se mettre à la mode congolaise, on va voir naitre chez beaucoup d’africains un certain complexe. Presque tous les groupes musicaux qui naissent sur le continent sont calqués sur le modèle de ce qui se fait à Kinshasa ou à Brazzaville. De la structuration des orchestres à la pratique musicale pure, on emprunte délibérément à la façon de faire des Tabu Ley, Franco, Pamelo Munka etc… dont la musique irradiait les mélomanes aussi bien dans les grandes cités que dans les villages les plus reculés. On vit naitre alors un phénomène d’aliénation découlant de cette « congolisation » outrageuse.

L’aliénation à la musique congolaise

Si au Benin le groupe le T.P Polyrythme dès sa formation a choisi la Salsa et la Rumba Congolaise comme fonds de commerce, ce n’est pas fortuit. Cela est dû en partie à l’action contagieuse de la production en masse des œuvres phonographiques au Congo. Ce phénomène, on l’observe également dans la musique du peuple Akyé de Côte d’ivoire. Il suffit de jeter un regard sur la structuration des orchestres aux noms évocateurs comme le T.P Audio Rama ou le Grand Columbia d’Adzopé pour se convaincre de l’influence de la musique congolaise sur la musique Akyé. La façon de jouer des groupes du début des années 60, à nos jours, est restée identique. Les chants, aussi bien que la manière de jouer à la guitare ont toujours été copiés sur le modèle congolais En Côte d’ivoire notamment, en dehors de la musique pop, de la salsa quelques velléités de la musique nigériane incarnée par Fela anikulapo Kuti, l’espace musical Ivoirien était l’apanage quasi exclusif des rythmes venus des deux rives du fleuve Congo. Difficile d’imaginer une surprise-partie de quartier ou bal de lycée sans les disques des orchestres Cavacha, Zaïko ou de l’orchestre Lipua lipua, dans les années 70. Cette tendance se remarque également au milieu des années 90 avec la récurrence des spectacles de groupes congolais à Abidjan. Notamment avec les affiches maintes fois répétées des Wenge Musica, Extra Musica, Papa Wemba, et du Quartier Latin d’un certain Koffi Olomide annoncé presque tous les ans en Côte d’ivoire. La Côte d’ivoire n’est pas le seul pays à se laisser emporter par la vague de la Rumba Congolaise. Grands voyageurs, tous les orchestres ou artistes cités plus haut comptent dans leurs escarcelles des myriades de concerts produits ou distribués aux quatre vents de l’Afrique. En Europe, dans les milieux africains, l’effet dévastateur de la musique made in Congo est une réalité. Avant l’avènement du Zouglou et du phénoménal succès du groupe Magic System, la musique de la diaspora africaine en Europe était l’apanage exclusif des musiciens de l’ancien Zaïre. En témoigne les concerts dans les grandes salles de spectacles parisiennes comme le Zénith, l’Olympia, et Bercy auxquelles Afriza International, Abeti Masikini, Zaïko, Papa wemba, Werrason, J.B Mpiana, Koffi Olomide et autres groupes sont habitués.

L’influence de la légion Congolaise en Côte d’ivoire

L’une des raisons à la base de succès de la musique congolaise et de son rayonnement sur le reste de l’Afrique se trouve aussi dans la présence de musiciens congolais dans les grandes métropoles du continent. En Côte d’ivoire, le début des années 60 a vu Tabu Ley Rochereau s’installer à abidjan avec son orchestre Afriza international, on le voyait écumer les galas et autres soirées prestigieuses. Il fut aussi choisi pour l’inauguration de la grande tour de l’Hôtel Ivoire. Il en est de même pour le groupe les Bantous de la capitale qui a lui aussi choisi Abidjan rampe de lancement, au début des années 60. On pourrait citer parmi eux, le guitariste Lokassa Ya Mbongo, Tshala Muana, Lokua Kanza, Barbara Kanam, Sam Mangwana etc… Actuellement on citera les exemples d’Erickson Le zulu, Auguy Solo, Shegal Mokonzi, Ronaldo R9, Maréchal DJ tous connus en Côte d’ivoire et au monde à la faveur du Coupé décalé. Ces chanteurs et musiciens sont d’ailleurs les animateurs les plus en vue du mouvement initié par le feu Douk Saga. A propos du Coupé Décalé, disait papa wemba : « Que les jeunes ivoiriens font le lit de la Rumba Congolaise ». Point de vue partagé par Valen Guédé, musicologue et ex-patron du Bureau Ivoirien des Droits d’Auteurs (Burida) pour qui les animateurs du Coupé Décalé ne font que de vilaines imitations de la musique congolaise. « Par manque d’imagination, de créativité, le discours mélodique du Coupé Décalé est plagié. Il est une pâle copie du congolais. Même ceux qui constituent les mamelles nourricières des arrangeurs sont mal imités. On fait du saucissonnage et, le pauvre mélomane est servi à la soupe populaire. Aucune mélodie n’est construite sur plusieurs mesures. Les œuvres des artistes congolais sont dénaturées à chaque sortie de phonogrammes de jeunes ivoiriens ». Il n’y a pas qu’à ce niveau où l’aliénation à la musique congolaise peut se mesurer. Il en va de même pour la chorégraphie. Les clips vidéo diffusés à la longueur de la journée, témoignent de la « congolisation » qui s’est emparée de jeunes créateurs Ivoiriens. Aucun clip sans des figures des danses en vogue à Kinshasa. L’art, dit-on, est du patrimoine de la création. Le Coupé décalé est donc simplement la musique congolaise déformée.

La résistance à la musique congolaise

L’invasion massive des musiques congolaises sur le continent ne s’est pas faite sans résistance. Partout sur le continent, des créateurs locaux ont apporté une sorte de riposte à l’expansionnisme congolais. Les Nigérians comme Prince Nico Mbarga, Oliver de Coc, Sunny okosun et bien d’autres ont essayé de porter haut le flambeau de la musique de leur pays, pendant un temps. Une quête qui leur a fort bien réussi au milieu des années 70. Notamment avec un Prince Nico Mbarga auteur de plusieurs albums dansés partout en Afrique, et un Fela Anikulapo Kuti au verbe acide et au sommet de son art. On citera aussi le Makossa du Cameroun dont les animateurs, sans se laisser influencer par aucun autre courant musical étranger, se sont contentés de puiser dans les rythmes du terroir pour produire des œuvres de belle facture. Le début des années 80 a vu naitre le Makossa, comme un bâton de dynamite faire exploser les pistes de danse de toute l’Afrique. En Côte d’ivoire, le Zoblazo de Meiway et surtout le Zouglou semblent être les rythmes ivoiriens les mieux outillés pour résister à la puissance de frappe congolaise. Sans se laisser distraire, les groupes Espoir 2000, Yodé & Siro, les Garagistes et Magic System constituent les gardiens du temple de la musique ivoirienne longtemps balafrée et réduite à sa plus simple expression sur son propre territoire par la Rumba Congolaise.A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, dit-on !

La musique congolaise, somme toute, demeure la vraie base du patrimoine musical africain.


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