... François Lwambo dit « Franco de Mi amor », le guitariste de l’orchestre Ok-Jazz et surtout grand frère de Bavon Siongo ne voulait à aucun cas voir son petit frère embrasser la carrière musicale.
Il souhaitait que son jeune frère, un brillant élève, poursuive ses études et devienne médecin... Ce samedi soir de 1976, les téléspectateurs kinois furent surpris de découvrir Franco en train de danser sur la chanson « Salima » de Mavatiku Visi Michelino. A quoi pensait Franco à ce moment précis ? Franco pense-t-il à Bavon à travers Michelino? En 1960, deux musiciens de l’Ok-Jazz, Vicky Longomba et Armando Brazzos, sont partis avec l’African Jazz de Joseph Kabasele en Belgique dans le cadre de la conférence de la table Ronde. De cette époque Léon Bombolo dit Bholen et ses amis commencent à penser à l’idée de créer leur propre orchestre. D’autres amis l’ont influencé à reprendre son véritable rôle dans un orchestre celui d’être soliste au lieu de continuer à faire de l’accompagnement à la guitare. En 1961, contrairement à une idée reçue, ce n’est pas Victor Longomba dit Vicky qui est à l’initiative de la création de l’orchestre « Negro succès », mais en réalité ce sont quatre amis Kiyunga dit Djeskain, Brazzos, Johnny Pinnock qui deviendra en 1975 ministre en Angola et bien entendu Bholen qui en sont les créateurs. Il leur fallait une tête d’affiche. Ils sont allés consulter Vicky Longomba. Ce dernier n’est pas retourné dans l’Ok-Jazz après son retour de la Table Ronde de Bruxelles. En outre, le courant ne passait pas non plus avec son ami Joseph Kabasele. Il va s’occuper de « Quist », un bar dancing de la commune de Kinshasa. Vicky a accepté de faire partie de l’orchestre Negro succès. Le nouvel orchestre a fait sa sortie dans un climat de rivalité avec l’Ok-Jazz accompagné d’insultes. D’ailleurs Bholen et Franco étaient près à s’affronter physiquement. C’est Maître Taureau qui a assuré la médiation pour la réconciliation. L’orchestre Negro succès première formule n’a pas pu émerger malgré quelques chansons sur le marché. En plus, il leur fallait du matériel musical. A l’époque, pour l’avoir, il fallait s’adresser au patron de la maison « Ecodis maison bleue » qui collaborait avec la société de production « Decca » en Belgique pour le compte des éditions « Surboum African Jazz » de Joseph Kabasele. C’est ce qu’ont fait les orchestres Ok-Jazz et « les Bantous » de Brazzaville. Comme Vicky était brouillé avec Kabasele, il ne voulait même pas entendre parler de Surboum African. Quelques semaines plus tard, ses collègues de Negro succès apprennent qu’il a réintégré l’Ok-Jazz. Ils apprennent cette nouvelle comme un véritable coup de massue. Comme le malheur n’arrive jamais seul, le matériel qu’utilisait l’orchestre Negro succès fut retiré par son propriétaire. Nelly Salima dite la japonaise est la dernière compagne partageant la vie de Bavon, le jeune frère de Franco.
Même si, le 5 août 1970, Bavon est mort d’un accident de circulation entre les communes de Bandalungwa et Kintambo avec à ses cotés Mi-José, c’est Salima qui vivait avec lui sur la rue Gemena dans la commune de Kasa Vubu. Bavon est mort, Mi-josé était grièvement bléssée. Dans l’hommage que lui a rendu Rochereau à l’Olympia, c’est le même Michelino qui jouait la guitare rythmique.
Lorsque Rochereau a créé cette chanson, c’est Michelino qui était à ses côtés. Ils créèrent cette chanson « Pitié » avant de la présenter à l’ensemble du groupe. François Lwambo dit «Franco de mi amor » est né dans le Kongo-central (Bas-Congo) à Sonabata, une petite ville située à environ 70 Kilomètres à l’Ouest de Kinshasa, le 06 juillet 1938. Il est le fils aîné de Yvon Emongo, un agent à la Société de chemin de fer et de Hélène Mbonga Makiesse. François Lwambo a commencé ses études à l’école primaire Saint-Pierre dans la commune de Kinshasa. Il les a poursuivies dans la commune de Kintambo à l’école primaire Saint-Georges. Etudes qu’il ne finira pas. Orphelin de père à l’âge de 11 ans, Hélène Mbonga, sa mère, va s’occuper seule de ses trois enfants. Et toute la famille du jeune François s’installera dans la commune de Ngiri-Ngiri au 90 de la rue Bosenge. Pour élever François Lwambo, Bavon Siongo et Marie-Louise Akangana, ses trois enfants, Mama Hélène devient vendeuse de beignets. François qui a quitté très tôt l’école, passe ses journées dans la rue. Ses amis sont les mauvais garnements du quartier : les fameux « Bana Bosenge » (jeunes de Bosenge). Nous y reviendrons un peu plus loin. La famille de François Lwambo habite la même parcelle qu’un certain Paul Ebengo dit « De Wayon ». Ce dernier est employé dans une entreprise locale de tissage. François va faire une découverte qui changera définitivement sa vie. Paul Ebengo possède une guitare. Chaque fois que François gratte les cordes de cet instrument, il est émerveillé. Mais Paul Ebengo ne le laisse pas toucher cet objet merveilleux. Malgré cela, il lui apprend de temps en temps quelques notions élémentaires de guitare. Comme les musiciens n’ont pas bonne réputation, sa maman est très inquiète. Toutes les tentatives pour lui apprendre un métier ont échoué. De Wayon finira par le prendre dans son groupe. Il sera plus un figurant qu’un musicien. De temps en temps, il se contente à ses débuts d’agiter des maracas. Il va ensuite devenir le guitariste d’accompagnement de De Wayon, le soliste. C’est grâce à De Wayon que François Lwambo participe à ses premières séances d’enregistrement. Il est en compagnie de De Wayon, Nganga et Louis Bikunda. Ils vont faire des chansons comme « Bokilo ayebi kobota », « Bisengo ya mokili » ou «Bana Bosenge »… Son sort va commencer à s’améliorer lorsque le groupe de De Wayon fusionne avec celui d’Albert. Lwampasi. Celui-ci va lui apprendre sérieusement des notions élémentaires de guitare. François Lwambo participe à quelques tournées dans les villes de provinces. Au retour de l’une d’elles, il est arrêté par la police coloniale parce qu’il n'a pas sur lui ses papiers d’identité. Le jeune adolescent va se retrouver dans le sillage d’une autre vedette de la chanson : Henri Bowane. Le grand Bowane « Tata mokonzi » (le patron) ! C’est lui qui va lui donner le sobriquet de FRANCO, tiré de son prénom François. Franco profite d’être à l’école de Bowane pour apprendre à écrire des chansons et à parfaire ses notions de guitare. Le public découvre un guitariste plein de promesses grâce à ses premiers enregistrements avec Henri Bowane en août 1953. Et il enregistre son premier titre en 1954. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Ce n’est que le début ; il est à bonne école auprès de Bowane. Il se sent suffisamment mûr pour voler de ses propres ailes. Il entre dans l’orchestre Lopadi (Loningisa de Papadimitriou). En 1956, l’orchestre de Bowane est en tournée à Luanda en Angola. Franco déçu parce qu’il n’est pas du voyage, continue néanmoins à jouer dans l’orchestre de Basile Papadimitriou au studio Loningisa. C’est dans cet orchestre que Franco a rencontré Rossignol, Mutombo, Desoin, De la Lune, Edo Nganga (à ne pas confondre avec l’autre Nganga qui jouait avec De Wayon). L’orchestre Lopadi se faisait accompagner au départ par des saxophonistes européens jusqu’à l’arrivée de Jean Serge Essous et de Ninon Malapet, musiciens originaires du Congo français. Gaston Kashama dit Omer Kashama ou Vieux Cassien, propriétaire du bar dancing Ok-Bar sur la rue Itaga dans la commune de Kinshasa, propose à Jean Serge Essous et à ses amis de jouer pour ses clients. Le groupe du studio Loningisa de 1956 était composé de Franco à la guitare solo, de De la Lune à la guitare d’accompagnement, Roitelet à la contrebasse, Bosuma Desoin à la tumba, Jean Serge Essous à la clarinette, Vicky et Rossignol au chant. Jean Serge Essous, qui habitait à l’époque avec Franco, propose de donner un nom à leur orchestre. Ainsi, ils auront une identité propre qui leur permettra de se produire ailleurs. Ils pourront par exemple répondre aux invitations grâce à ce statut autonome. Cette proposition de Jean Serge Essous avait recueilli l’assentiment des autres musiciens. Et comme l’endroit où ils jouaient s’appelait « Ok-Bar », ils ont dénommé leur nouvel orchestre : « OK-JAZZ ». C’est ainsi qu’est né, sur la rue Itaga dans la commune de Kinshasa, le 06 juin 1956, l’orchestre Ok-Jazz. Il est dirigé par Jean Serge Essous et son adjoint Daniel Loubelo dit De la Lune. Après le départ des musiciens qui étaient à l’origine de l’Ok-Jazz qui iront former l’orchestre «Rock-a-Mambo» aux éditions Esengo de Dino Antoniopoulous, Franco et Victor Longomba dit Vicky deviennent associés. Franco dira même une dizaine d’années plus tard dans la chanson « Mino ya Lwambo diamant » (les dents de Lwambo, c’est du diamant). Depuis sa création, l’orchestre Ok-Jazz n’a cessé de se développer. Plusieurs générations de musiciens ont évolué au sein de cet orchestre qui est devenu, au fil des ans, une véritable coup de massue. Comme le malheur n’arrive jamais seul, le matériel qu’utilisait l’orchestre Negro succès fut retiré par son propriétaire. Bholen pensait un moment arrêter la musique et reprendre une activité professionnelle dans un bureau. Mais finalement, il va intégrer l’orchestre « City Five » avec qui il voyagea en Europe. Bavon Siongo dit Bavon Marie Marie est né le 27 mai 1944. François Lwambo dit « Franco de Mi amor », le guitariste de l’orchestre Ok-Jazz et surtout grand frère de Bavon Siongo ne voulait à aucun cas le voir embrasser la carrière musicale. Il souhaitait que son jeune frère, un brillant élève, poursuive ses études et devienne médecin. Avant d’être dans l’orchestre Jamel de la commune de Dendal, Bavon Marie-Marie a commencé à travailler avec José Kayenge dans l’orchestre « Les Noirs ». Un jour qu’ils répétaient chez ce dernier au numéro 141 de la rue Luapula dans la commune de Kinshasa, Franco Lwambo vînt par surprise. Il se mit à casser des guitares. Il en cassa trois. Heureusement, Maciste ( maître Kayenge José de CENTRAKIN ) en avait mis quatre autres à l’abri.Pour échapper à la colère de son frère, Bavon fuit la ville de Kinshasa pour passer quelque temps à Boma. Lors de son passage à Boma, en 1964, Dino Vangu, qui était à l’école secondaire, jouait au « Tati-bar » avec l’orchestre « Coeur de Lion ». Il fut ensuite l’accompagnateur de Bavon Marie-Marie au « Sida-Bar », le bar de Simbu David. Avec Bavon Marie-Marie à la guitare solo, ils jouaient dans un style proche de celui de l’orchestre Ok-Jazz. C’est à cette époque que Michelino a rencontré Bavon pour la première fois. Tous les deux habitaient dans le quartier Kitomesa à Matadi. Bien plus tard, Michelino avant d’aller jouer avec Nico dans l’African Fiesta Sukisa et dans l’Africa Fiesta National, a rencontré Salima. Après sa première rupture avec elle, c’est un grand joueur de Daring-Faucon Imana Matiti mabe, un grand club de football de Kinshasa qui vécut avec elle. Ce même joueur eut une liaison avec Emma L., une conquête de Franco avant que Michelino ne renoue avec Salima. Bavon fut remplacé, à Boma, à la guitare solo par Ozo. Et Dino Vangu continua toujours à jouer la guitare d’accompagnement. Parmi les chanteurs, il y avait un certain Windi. Au début de l’année 1966, le Docteur Nico et son frère Déchaud qui ont quitté Roger Izeïdi et Rochereau connaissent un succès considérable auprès du public avec leur orchestre l’African fiesta sukisa. Roger Izeidi et Pascal Tabu Rochereau baptisent leur orchestre « African fiesta National-le peuple. Avant d’en arriver là, il fallait remplacer ceux qui étaient partis. Rochereau pensa dans un premier temps remplacer le Docteur Nico par Bavon Marie-Marie, le Jeune frère de Franco. Mais cela causait un problème malgré leur amitié. Bavon Siongo, ce jeune guitariste de talent était avant tout le frère de Franco, son concurrent. Heureusement, Rochereau tomba sur Jean Claude Gustave Vangu dit « Guvano », une perle rare. Ce guitariste qui venait de l’orchestre « Diamant bleu » était capable de jouer la guitare solo avec le son et le style du Docteur Nico. Pour Rochereau, si l’on n’est pas capable de jouer du Nico, ce n’est même pas la peine de jouer dans son orchestre. Malgré l’opposition vive de son frère, ( Franco ) la passion de Bavon pour la musique était tellement forte que Franco finira progressivement par le laisser vivre la vie qu’il s’est choisie.Lwambo dit Franco récupéra le matériel qu’utilisait l’orchestre « Bamboula » de Papa Noël. Comme il ne pouvait plus jouer avec son orchestre, Papa Noël Nedule s’est associé avec Paul Ebengo dit De Wayon dans l’orchestre « Co-Bantous ». Ils ont recruté Bavon comme deuxième guitariste lead. Personne ne le connaissait. A cette époque, il n’était pas non plus connu du grand public. Pendant les représentations publiques de l’orchestre, Bavon n’était autorisé qu’à jouer une chanson. Découragé, il finit par quitter cet orchestre pour rejoindre son frère.Franco dit à Bholen : «mon cher Léon, je vais bien vous donner des instruments et matériel mais à une condition, c’est de prendre mon frère avec vous. Ne le négligez pas comme ce fut le cas avec les autres». « Franco, tu me connais bien », répondit Bholen. « Je ne suis pas une personne cupide. Je suis un homme de parole. Confie-moi ton frère et tu verras toi-même ce que je ferai de lui. » Un jour, pendant une séance de répétitions dans la commune de Limete, Bholen s’est absenté quelques minutes. A son retour, il entend un son inhabituel dans son orchestre. Il s’est dit Lwambo est venu nous faire une exhibition de ce qu’il peut faire avec ses doigts ! Quand il entra dans la salle, à sa grande surprise, il voit Bavon. Il lui dit : « Mon petit, je sais que Franco est ton grand frère. Si tu veux avoir ta propre personnalité, tu dois avoir ton style personnel. Ce que tu fais là, c’est le style d’une autre personne, même si cette personne est ton frère. Chez nous ici, ce n’est pas comme ça. Pour nous, il faut créer. » A partir de là, ils commencèrent à lui dire ce qu’il fallait faire. Pour Bholen, le succès de Negro succès venait du fait qu’ils ne voulaient jouer comme personne en se démarquant de l’Ok-jazz et de l’Africa Fiesta. Pour lui, le Negro succès faisait une symbiose de ces deux styles. C’est ainsi que Bavon a trouvé un style à lui. C’est un style qui rappelle Franco avec le réglage de guitare à la manière du Docteur Nico. A ce jour, Bholen et Bavon demeurent les plus grands auteurs de cet orchestre. Le 5 août 1970, sur la route de Kintambo, près de Cinkin, Bavon meurt accidentellement d’un accident de circulation. A ses côtés se trouvait Marie-Josée. Celle-ci s’en sortit gravement bléssée aux membres inférieurs. Son ami Rochereau qui préparait son passage à l’Olympia de Paris lui dédia la chanson « Bavon » en hommage avec un style proche de « It’s a man’s man’s man’s world », la chanson de James Brown. Bavon fut remplacé dans l’orchestre Negro succès par Dercy Mandiangu. Malgré quelques chansons à succès comme « Nelly ya Moro » avec la danse Makolo pente, l’orchestre vivra jusqu’en 1973. Bholen décéda en décembre 2007. « Ok-Jazz » devint dans les années soixante-dix, le « T.P. Ok-Jazz » (Orchestre kinois de Jazz). Lwadjo Kanga Pene Lwambo Makiadi dit « le Grand Maître Franco ou Yorgo » sera désormais le seul maître à bord jusqu’à sa mort à Namur en Belgique, le jeudi 12 octobre 1989. Mais la société T.P. Ok-Jazz survivra quelques temps à ses fondateurs. Suite aux différends avec la famille du défunt, en particulier avec sa sœur Marie-Louise, les musiciens sous la direction du poète Lutumba Simaro, changèrent la dénomination de l’orchestre pour créer « Bana Ok » (Les enfants de l’Ok).
Commentaire de richard Kasongo( ezabienhotmail.com ), 22.12.2009 14:08:35: Oui je pense que etant de pere TETELA BAVON MARIE MARIE etait SHONGO au lieu de SIONGO une erreur de Monsier LE BLANC, qui avait mal ecrit son non de SHONGO a SIONGO.- Marci.- Richard Kasongo.-